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La gauche portugaise serre les rangs pour sortir de l’austérité

La gauche portugaise serre les rangs pour sortir de l’austérité

Photo : Manuel De Almeida/Efe/

Article de Cathy Ceïbe

L'Humanité

Le président portugais, Anibal Cavaco Silva, a déclaré le 22 octobre que seuls le parti socialiste, le parti social-démocrate et les conservateurs du CDS-PP étaient habilités à gérer les affaires du pays. une interprétation très libre et très personnelle de la constitution...
 
La vie politique portugaise est à un tournant. Les partis de gauche pourraient conclure un accord parlementaire qui mettrait un terme à l’exécutif de droite de Pedro Passos Coelho, qui était censé être investi durant les deux journées parlementaires qui s’ouvrent aujourd’hui.

On peut encore voir sur les grandes artères de ­Lisbonne des traces de la campagne des législatives du 4 octobre. Et pourtant, depuis l’issue de ce scrutin où la gauche est devenue majoritaire à l’Assemblée, tout s’est précipité au Portugal. Le paysage politique est désormais suspendu à un fil, plus exactement au fil du rasoir des négociations qu’entretient le Parti socialiste, de manière séparée, avec les autres formations de gauche, en vue de trouver un accord parlementaire à même de tourner la page après quatre longues années d’austérité qui ont lessivé le pays. Ce pacte, qui fait la une des journaux ­depuis plusieurs semaines, mais dont on ne connaît pas encore tous les ­tenants et les aboutissants, devrait également ouvrir la voie à la constitution d’un gouvernement socialiste. Le PS a déjà gouverné par le passé. Mais cette fois-ci, chose inédite, sa future gouvernance sera conditionnée à une entente parlementaire avec le Bloc de gauche, le Parti communiste et son allié électoral de la Coalition démocratique unitaire, le Parti écologiste-
les Verts. Tout peut encore basculer tant les pressions sont fortes. Les deux journées parlementaires qui s’ouvrent aujourd’hui à l’Assemblée vont être cruciales, notamment pour l’exécutif de droite de Pedro Passos Coelho, sous le coup de trois motions de rejet.

Les hommes en noir de la troïka peuvent se mordre les doigts. Le premier ministre Pedro Passos Coelho aussi. Si les « boys » du FMI, de la Commission et de la Banque européenne ne s’étaient pas acharnés à ce point à saigner les Portugais depuis 2011, la possible création d’un gouvernement socialiste, appuyé par une majorité parlementaire de gauche, n’aurait peut-être même pas été envisagée. Le président de la République, Anibal Cavaco Silva, a tenté un coup de force, il y a dix jours, en investissant de nouveau le gouvernement du Parti social-démocrate (PSD) et son allié très conservateur du Centre démocratique social-Parti populaire (CDS-PP). Arrivée en tête du scrutin législatif du 4 octobre, la droite est pourtant minoritaire au sein de l’Assemblée de la République (voir encadré). La violence de ses réformes antisociales et surtout le nouveau rapport de forces parlementaire ont contribué au rapprochement.

2 millions de pauvres 
pour 10 millions d’habitants

« Pour des raisons idéologiques, le gouvernement de Passos Coelho est allé encore plus loin que ce qui était préconisé dans les mémorandums de la troïka. Il a créé des divisions et des ruptures très fortes dans la société portugaise. L’inexistence de dialogue a accru la crispation politique », explique le vice-président socialiste de la ville de Lisbonne et député, Duarte Cordeiro. Ce constat a été un point de convergence. « La priorité de nos priorités est de faire tomber ce gouvernement de droite. En lui retirant plus de 700 000 voix depuis les dernières élections, les Portugais ont exprimé leur saturation vis-à-vis de l’austérité tant les attaques contre les salaires, les retraites, l’éducation et la santé publiques ont été systématiques », rappelle Jorge Pires, de la commission politique du Parti communiste portugais (PCP), qui précise que dès l’annonce des résultats le 4 octobre, sa formation s’est montrée « disponible pour discuter » avec le Parti socialiste (PS) sur « un ensemble de mesures à même d’altérer les politiques actuelles », dont le bilan est tragique. Le Portugal compte 2 millions de pauvres sur 10 millions d’habitants, 1 enfant sur 4 est malnutri, le chômage touche 1,2 million de personnes sur une population active totale d’un peu plus de 4 millions, soit près du double qu’en 2010. La moitié des sans-emploi ne perçoivent aucune allocation sociale. Ces dernières années, 485 000 Portugais ont été contraints de quitter le pays.

« Les partis à la gauche du Parti socialiste ont réuni plus d’un million de votes. Il existe une majorité parlementaire pour transformer le paysage politique. Cette réalité impose au PS la nécessité de négocier avec le reste de la gauche. Elle l’oblige à tirer les leçons sur la nature du gouvernement à mettre en place », explique Jorge Costa, député du Bloc de gauche (BE) et chef des négociations avec les socialistes. À moins pour le PS de se subordonner à la droite et de prendre le risque de perdre, encore une fois, une partie de son électorat le plus à gauche… Le Bloc, comme le Parti communiste ou encore les Verts, ont donc ouvert les portes de pourparlers non sans défiance. Les gouvernances socialistes ont elles aussi fâché tant elles se sont fourvoyées dans une fuite en avant libérale qui a entamé les acquis sociaux de la révolution des œillets de 1974 et sapé les fleurons productifs de cette petite nation.

Le socialiste Antonio Costa pourrait être le futur premier ministre

Les réunions se sont succédé, en toute discrétion mais avec fermeté, tant les enjeux sont lourds pour toutes les parties impliquées. La stabilité « d’un gouvernement socialiste dépend de la détermination » à suivre scrupuleusement « les conditions posées », déclare Jorge Costa. « Le budget de l’État ne devra pas inclure de coupes sur les salaires et les retraites. Au contraire, ces derniers doivent être réévalués. Ils ne peuvent plus être soumis à de nouveaux impôts », prévient-il.

Même exigence pour le Parti communiste, qui veut voir corriger « l’amputation des salaires, le gel des retraites, les législations du travail assouplies au détriment des droits individuels et collectifs des travailleurs, l’injuste régime fiscal ainsi que la baisse des cotisations patronales », énumère Jorge Pires, dont la formation a, une nouvelle fois, posé sur la table « l’augmentation du Smic à 600 euros », contre 589 actuellement.

L’accord, qui devait être entériné par les directions socialiste et communiste hier, ne devrait pas être rendu public avant aujourd’hui ou demain. L’ultime touche sur laquelle les partis semblent encore trébucher, bien que chacun ait déclaré donner son feu vert à l’investiture d’un gouvernement socialiste, reste l’échéancier. Le PS, qui est la cible d’accusations selon lesquelles il ferait le pari d’une législature « instable » en s’alliant avec les formations à sa gauche, souhaite que le pacte parlementaire coure sur l’ensemble de la mandature tandis que les communistes et les « bloquistes » font valoir une évaluation annuelle de ce qui a été acté.

Chacun joue là sa crédibilité et personne n’entend renoncer à ce qu’il considère être des points non négociables. « Nous n’allons pas perdre nos caractéristiques ni nos principes. Nous n’abdiquerons pas sur les questions de la souveraineté et de l’indépendance », insiste Jorge Pires, en allusion au carcan libéral des traités budgétaires européens. « Nous ne voulons pas que les comptes publics soient hors de contrôle mais il ne devrait pas exister une structure supranationale qui dicte ce qui est bien ou non pour le Portugal », explique-t-il. La question est épineuse et réduit les marges de manœuvre des réformes espérées. Jorge Costa souligne que le PS « a imposé le cadre macroéconomique de son programme. Les possibilités sont très limitées », reconnaît-il, en référence au non-dépassement de la barre fatidique des 3 % de déficit public. « Le Parti socialiste a toujours dit qu’il respecterait les règles européennes fixées mais cela ne veut pas dire que nous ne souhaitons pas les changer », soutient Duarte Cordeiro. Chargé d’élaborer le programme électoral d’Antonio Costa, qui, sauf rebondissement de dernière minute, pourrait être le futur premier ministre, ce cadre ne se prive pas de rappeler que le gouvernement du PSD a été le premier à enfreindre les lignes dictées par la Commission européenne. La dette pèse en effet pour 130 % du PIB, un montant équivalant à celui antérieur à l’arrivée de la troïka. Quant au déficit, il est de 7,2 %.

Personne n’a mis de côté son drapeau donc, mais chacun a pris soin, jusqu’à présent, de ne pas compromettre le dialogue. Non sans mal. Le PS essuie dans son camp une fronde qui est sur le point de se structurer en tendance, sous la houlette de l’eurodéputé Francisco Assis, qui aurait préféré une grande coalition avec la droite, au prétexte que l’accord avec les communistes et le Bloc de gauche relèverait d’une démarche contre nature ! Plus d’une centaine d’entrepreneurs ont signé une tribune où ils menacent de retirer leurs investissements. Ce qui aurait poussé, durant un temps, les négociateurs socialistes à faire pression sur le PCP pour qu’il revoie sa copie, selon une source requérant l’anonymat. La droite a, quant à elle, ressorti les vieux oripeaux de l’anticommunisme. Duarte Cordeiro tranche : « Il y a toujours des risques lorsque nous sommes face à des scénarios nouveaux et il y a beaucoup de spéculations sur ces risques. Deux questions se posent après l’écroulement du gouvernement de droite, et le fait que le Parti socialiste n’a pas obtenu plus de voix : ignorer la disponibilité du reste de la gauche pour trouver une alternative ou avaliser un exécutif et un budget de droite ? Qu’est-ce qui serait le plus risqué ? » fait-il mine de s’interroger. Dans quelques heures, l’hémicycle portugais décidera du tournant à prendre.

Une droite minoritaire au Parlement national. À l’issue des élections législatives portugaises 
du 4 octobre, les électeurs ont sanctionné la coalition du Parti social-démocrate (PSD) et du Centre démocratique social-
Parti populaire (CDS-PP), 
le premier obtenant 86 députés et le second 18 parlementaires. 
Il s’agit là du pire 
score enregistré par 
ces partis depuis qu’ils concourent ensemble. 
Bien qu’arrivée en tête 
du scrutin, la droite n’en 
est pas moins minoritaire au sein de l’Assemblée 
de la république face à l’ensemble des formations de gauche. Le Parti socialiste a en effet récolté 86 députés. Seconde force, le Bloc de gauche a vu 
son groupe se renforcer avec 19 élus. De son côté, la Coalition démocratique unitaire (CDU), qui réunit les communistes et 
le parti écologiste, 
a totalisé respectivement 15 et 2 parlementaires.

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